La peinture gestuelle : cet héritage de l'Art Abstrait

Connaissez-vous la peinture gestuelle ? Non ? Alors peut-être connaissez-vous l’action painting. Ce sont les mêmes peintures, dites actives ou gestuelles.

Elles sont un héritage de l’art abstrait.

Ce courant particulier est apparu à la fin des années 40 à New York.

Jackson Pollock est l’un de ses plus célèbres adeptes.

Dans l’article de cette semaine, je vous explique comment est né cet art, ce qu’il signifie, mais également comment le réaliser, chez vous.
C’est parti.


 

Les caractéristiques de la peinture gestuelle

 

Cette peinture fait la part belle aux mouvements, à l’expression corporelle. Il ne s’agit pas ici d’être debout, presque immobile devant la toile avec des mouvements de bras. Non, c’est tout votre corps qui bouge.

Selon la méthode choisie, vous pouvez peindre en égouttant, en projetant ou en faisant couler votre peinture.

Le résultat se veut abstrait bien évidemment. Difficile de recréer de grands paysages, de faire des portraits ou des natures mortes puisque vous ne maîtrisez pas complètement ce qui va se créer. Impossible donc de traduire de petits détails, des formes ou des mimiques du visage.

C'est exactement ce qui fait le charme de ce style de peinture ! 

Le résultat final est la conséquence de l’intuition du peintre à un instant précis ainsi que la façon dont se comportent les couleurs. 

L’art gestuel semble presque répondre à une pulsion, à une frénésie artistique qui exige d’exploser et de faire jour ses émotions, comme pour expulser à l’extérieur ce que l’on ressent à l’intérieur.

Cet expressionnisme abstrait, aussi appelé "École de New-York”, est le premier mouvement d’art abstrait à connaître un succès et une réputation sur le plan international.

Cette technique n’est plus cantonnée à New York, voire à l’Amérique, mais elle s’exporte à travers le monde pour toucher un large public.

De cet art sont nés 2 grands mouvements :

  • l’action painting. Ce sont les textures et les matières qui ont une importance toute particulière. 
  • le colorfield.  Ici, les couleurs et les formes sont unifiées. Contrairement à l’action painting, il n’y a pas de “blancs” sur la toile, elle est entièrement recouverte de champs délimités de peintures de différentes couleurs. Les grands noms de ce mouvement sont Clyfford Still, Mark Rothko ou encore Robert Motherwell.

Bien que ces 2 grands mouvements soient issus de la peinture gestuelle, les toiles sont extrêmement différentes.

 

La naissance de la peinture gestuelle

 

Elle est apparue au sortir de la Seconde Guerre mondiale, et ce n’est pas un hasard.

Elle pourrait être mise en lien avec la philosophie de l’époque. L’après-guerre donne lieu à de grandes interrogations sur le sens de la vie, le devenir de l’humanité, de la démocratie…

L’art de l’avant-guerre américain, considéré comme figuratif et nationaliste est vivement rejeté. Il en va de même pour l’art européen qui est lui considéré comme intellectualisant et décadent.

Les artistes veulent tourner la page d’une époque qu’ils estiment révolue et se tourner vers d’autres techniques, d’autres moyens de s’exprimer.

Le grand fondateur de ce mouvement sera Jackson Pollock.

En écho à cette modernité, Paris veut retrouver sa position de capitale mondiale des arts. Après des années d’occupation nazie, elle souhaite reprendre sa place. De nombreux artistes, Georges Mathieu et Kandinsky en tête, donnent naissance à l’abstraction lyrique. Elle vient en opposition à l’abstraction géométrique. Les autres artistes ayant suivi ce modèle sont Soulages ou Ubac.

 

 

Jackson Pollock, l’artiste phare de la peinture gestuelle

 

Impossible de ne pas parler de lui en évoquant l’art abstrait, l’action painting. Né en 1912 et mort en 1956, il aura une influence énorme dans l'expressionnisme abstrait et l’art contemporain en général.

Peu reconnu de son vivant (il a même dû voler de la nourriture et des peintures pour vivre durant la guerre), il était un artiste révolutionnaire. Peut-être trop pour l’époque. Les critiques ne sont pas tendres avec lui et il ne sera vraiment reconnu qu’à la fin de sa vie, grâce à la collectionneuse Peggy Guggenheim. Triste constat lorsque l’on sait aujourd’hui que ses toiles s’arrachent à prix d’or !

Ses œuvres sont novatrices et singulières. Tout autant que sa façon de peindre. Il couche ses toiles (souvent monumentales) sur le sol et projette ou laisse s’égoutter la peinture dessus. Il tourne autour de cette toile pour pouvoir répandre ses couleurs sur toute la surface. Il disait de lui :
" Je ne travaille pas à partir de dessins ou d’esquisses en couleur. Je peins directement sur le sol. J’aime travailler sur une grande toile. Je me sens mieux, plus à l’aise dans un grand espace. Avec la toile sur le sol, je me sens plus proche d’un tableau, j’en fais davantage partie. De cette façon je peux marcher tout autour, travailler à partir des quatre côtés, et être dans le tableau comme les Indiens de l’Ouest qui travaillaient sur le sable. ”

Une manière de peindre bien étrange pour certains critiques qui n’appréciaient pas son travail et le faisaient savoir. Clément Greenberg est l’un des rares critiques d’art à défendre son travail. Il contribuera également à son succès.

Cet artiste iconoclaste est l’inventeur de 2 nouvelles techniques de peinture : le dripping et le all-over.

Jackson Pollock avait une fascination sans limites pour l’art aborigène et la culture chamanique. Des thèmes récurrents dans ses œuvres avant qu’il ne s’intéresse à l’action painting.

Son travail était une façon d’exprimer son ressenti, ses émotions. Il n’y cherchait pas de sens particuliers et avait horreur que les autres essaient de le faire. C’est dans ce but qu’il cesse de donner des noms à ses tableaux et se contente de les numéroter. Il pense ainsi faire cesser la recherche de leurs interprétations.

N°5

 

Avant de vous découvrir mes derniers conseils techniques pour faire du pointillisme, je vous rappelle qu'en ce moment vous pouvez rejoindre la formation "La Peinture c'est Facile!". Et profiter de plus de 400 heures de cours de peinture.

Si ça vous intéresse, vous pouvez cliquer ici pour profiter de 7 jours d'essai offerts en cliquant ici :

 

Réalisation de peinture gestuelle

 

Et si, vous aussi, vous vous mettiez à l’action painting ? Voyons ici le dripping, le “laisser couler”. Vous verrez que cette technique est aussi étonnante que libératrice.

Pour cela il vous faudra :

  • de la peinture acrylique (en grande quantité)
  • une toile
  • du diluant pour obtenir une consistance proche du miel pour votre peinture. Trop fluide elle s'écoule trop vite, trop épaisse elle fait des “pâtés” plutôt que des éclaboussures
  • un support pour votre peinture. De nombreux sont possibles, à vous de voir celui qui vous convient le mieux : bâton, pinceau ou un récipient troué.

Ensuite, posez votre toile à même le sol. Si possible, choisissez un lieu qui ne craint pas les projections de peinture, car vous en mettrez à côté de votre toile, c’est certain.

Saturez le support choisi de couleur (bâton ou pinceau). Ensuite, c’est simple et le meilleur reste à venir. Il vous suffit de vous laisser aller et de promener votre support partout sur la toile pour réaliser des coulures. Une fois qu’une couleur est terminée, passez à la suivante. À vous de sentir les choses, suivez votre intuition. Tournez autour de la toile pour répandre de la couleur partout. Prenez un peu de recul et arrêtez-vous lorsque le résultat vous donne satisfaction.

Si vous avez choisi un récipient percé, une vieille boîte de conserve fera très bien l’affaire. Prenez-en une plutôt grosse, le dripping nécessite beaucoup de peinture. Percez en haut 2 petits trous face à face et passez-y une ficelle que vous unissez en haut. Elle doit être assez longue pour pouvoir la passer sur toute la toile.

Faites ensuite un petit trou dans le fond pour permettre à votre peinture de s’écouler. Versez votre couleur à l’intérieur et, en tenant le contenant par la ficelle, répandez de la peinture sur la toile, de la même façon que vue précédemment.


Voilà pour l’action painting, la peinture gestuelle. Laissez parler vos émotions du moment et peignez à la manière de Jackson Pollock.

N’hésitez pas à me faire un retour sur cette technique.

À vos peintures !
 

Bye Bye !

 

René Milone

René