Les couleurs selon Goethe : apprendre à ressentir la couleur avant de la mélanger

Quand on commence la peinture, on apprend vite le cercle chromatique, les complémentaires, les mélanges, etc. C’est indispensable. Et puis un jour, on découvre que la couleur ne relève pas seulement de la technique, mais aussi de la perception et de l’émotion. C’est exactement ce que propose Goethe dans son Traité des couleurs publié en 1810. Goethe s’intéresse à la façon dont nous percevons les couleurs. Il observe le lien entre lumière, œil et émotion. Et pour nous, peintres débutants ou confirmés, c’est une mine d’or. Je vous explique.

 

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Les trois types de couleurs selon Goethe

Goethe distingue trois catégories de couleurs : physiologiques, physiques et chimiques.

 

  • Les couleurs physiologiques sont celles qui naissent de l’activité de l’œil lui-même. Elles apparaissent à cause de notre perception, même si l’objet observé ne change pas.

 

  • Les couleurs physiques dépendent des conditions extérieures : brume, fumée, eau, transparence d’un milieu. Elles apparaissent parce que la lumière traverse ou rencontre quelque chose.

 

  • Les couleurs chimiques, enfin, sont celles qui sont fixées dans la matière, comme les pigments. Elles existent indépendamment de l’observation.

 

Pour vous qui apprenez à peindre, la première catégorie est particulièrement intéressante.

 

traité des couleurs selon goethe

L’œil cherche l’équilibre

Goethe remarque un phénomène étonnant : lorsque vous fixez longtemps une couleur, votre œil produit spontanément sa complémentaire.

 

« L’œil complète en lui-même le cercle chromatique. »

 

Par exemple, si vous regardez intensément une surface jaune puis détournez le regard vers un fond blanc, vous percevrez un violet. Ce violet n’est pas sur le mur : il est produit par votre œil.

 

Cela signifie que la perception n’est jamais passive. L’œil cherche constamment un équilibre.

 

Le caractère des couleurs

Pour Goethe, les couleurs ne sont pas neutres. Elles ont un tempérament.

 

Le jaune selon Goethe

Le jaune évoque la chaleur, la stimulation, la sérénité. Il est actif, rayonnant. Mais un jaune impur ou terni peut provoquer un malaise. La pureté de la couleur est essentielle pour que son effet soit agréable.

 

Il remarque aussi qu’une petite touche de rouge modifie immédiatement le jaune : il gagne en ardeur et en intensité.

 

En pratique, cela vous invite à observer vos mélanges avec finesse. Tous les jaunes ne produisent pas la même émotion. En peinture, c’est une clé majeure. Si vous utilisez un jaune très dominant sans présence de violet ou d’une couleur équivalente, le regard du spectateur va inconsciemment chercher cette compensation.

Vous comprenez alors pourquoi certaines toiles vibrent et d’autres fatiguent.

 

jaune selon goethe tournesol van gogh

Tournesols, Van Gogh - 1887 1889

Le bleu selon Goethe

« Une surface bleue semble reculer devant nous », nous dit Goethe.

 

Le bleu crée de la profondeur. Il attire vers l’intérieur. Il peut être doux, nostalgique, parfois inquiétant.


Si vous souhaitez créer un effet d’éloignement dans un paysage ou calmer une composition trop agitée, le bleu est un allié précieux.

 

bleu selon goethe hokusai

La Grande Vague de Kanagawa, Hokusai  - 1830 ou 1831

Le rouge selon Goethe

Pour Goethe, le rouge est « le phénomène coloré le plus élevé de tous ».

 

Concentré et sombre, il donne une impression de gravité et de solennité

Plus clair, il devient plus gracieux.


Le rouge attire immédiatement le regard. Si vous l’utilisez, vous créez un point de tension. Il faut donc le placer avec intention.

 

rouge selon goethe

La Mort de Sardanapale, Delacroix - 1827

Le vert selon Goethe

Le vert naît du jaune et du bleu. Pour Goethe, il produit de la satisfaction : « L’œil et l’âme reposent sur ce mélange comme sur un élément simple. »

Le vert équilibre le côté actif du jaune et le côté passif du bleu. C’est pourquoi les paysages dominés par des verts sont souvent apaisants.

 

Attention cependant : juxtaposer du jaune et du bleu ne produit pas toujours le même effet qu’un vert mélangé sur la palette. L’œil tente de produire le vert, mais n’y parvient pas complètement. Cela crée une tension intéressante, ou fatigante.

 

vert selon théorie des couleurs de goethe

Le Rêve, Rousseau - 1910

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Expérimenter les couleurs selon Goethe

Vous aurez compris que selon Goethe, la couleur n’est pas un ajout décoratif, mais elle provoque l’émotion d’un tableau.

 

Je vous propose un exercice simple pour mettre ces idées en pratique. Choisissez une couleur dominante pour votre prochaine étude. Observez son effet. Puis introduisez sa complémentaire en petite quantité. Regardez comment l’équilibre change.

 

Si cet éclairage sur la vision des couleurs selon Goethe vous aide dans votre apprentissage, dites-le-moi en commentaire. Et racontez-moi vos essais !

 

À la semaine prochaine et d’ici là, à vos palettes !